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Préparation du thème des premières Rencontres cinéma-psychanalyse

samedi 11 mars 2006, par Caroline Labourdette.

Cinéma et psychanalyse - jumeaux

Les grands jumeaux de l’inconscient

Filiations et transmissions

Nous fêtons cette année les cent cinquante ans du père de la psychanalyse, Freud.

Des questions se posent quant à faire le point sur des héritages, des liens de filiation, des transmissions, des dettes symboliques, et puis peut-être, des tensions "familiales" à dépasser.

Cinéma et psychanalyse : d’étranges jumeaux de l’histoire.

"Tout se passe comme si le cinéma et la psychanalyse, se retournant d’un même mouvement retors contre la trajectoire scientifique qui les portait, manifestaient le désir de tordre le cou à une certaine rhétorique positiviste, pour ouvrir à l’homme imaginaire de l’ère moderne leurs deux perspectives parallèles..." (Extrait du livre de Roger Dadoun, Cinéma, psychanalyse et politique, Ed. Séguier)

Fille et fils du même domaine de la recherche scientifique, qui par désir de liberté se sont affranchis de l’autorité, de la ligne et de la loi de ce père (symbolique) et qui aujourd’hui sont rattrapés par la menace castratrice de cette même lignée des origines. Issus de la pensée scientifique, autonomisés, aujourd’hui rattrapés et menacés : la psychanalyse par la toute puissance législative et scientiste, le cinéma peut-être sur d’autres modes, notamment au travers de la télévision - un cinéma d’auteur et de recherche menacé, grignoté par la loi et le marché d’une télévision hypnotisante, séductrice et manipulatrice. Une télévision qui met l’être en place d’objet (consommateur, cible, ou marchandise exploitée, pillée...).

La psychanalyse, lieu du possible du sujet, face à l’expansion de la folie de l’hygiénisme, du réparatisme, du conforme et de l’individu adapté - une pensée "scientifisante" de l’homme classifié et parfaitement formaté (avec "logiciels -lois antivirus" (on va dépister les enfants troublés dès 18 mois), services d’intervention et de dépannage informatique (les TCC et autres techniques urgentistes), programmes massifs de développement personnel... aux nuances étrangement teintées de manipulations et de relents sectaires...)

Quelque chose va mal dans la société. Ça va toujours forcément mal : l’équilibre entre la vie et et la pulsion de destruction est précaire et instable : un travail permanent à tenir de rééquilibrage, de désir à faire exister et à transmettre. Jouir de la vie et de sa propre existence au travers d’un travail visant la liberté.

La mort annoncée de la psychanalyse ? La mort du cinéma d’auteur ? Non. La vie qui continue, avec son incessant travail nécessaire.

Des rencontres donc pour questionner dans l’échange, à travers complémentarités, ressemblances, répulsions, peurs, jalousies, identités, fraternités... la question du désir, du sujet en prise avec la possibilité de sa liberté, et celui de la transmission de ce désir, de ce possible, toujours possible, à condition de rester dans le mouvement de la vie, certes inconfortable, voire impossible (les "métiers impossibles" : éduquer, gouverner, analyser... témoigner... sont directement liés à la vie et à sa transmission).

Ne pas céder donc à une "actuelle" (?) pulsion de mort collective, dévastatrice, psychotique, avec ses envolées paranoïaques et destructrices. Miser sur la vie, et sur la possibilité d’y travailler. Revisiter la question de la source, des origines, puiser dans la richesse d’un héritage, se fortifier à affronter fraternellement les points de tensions, les questions épineuses, les points de refoulement et de dénégation, bref continuer cet éternel travail d’analyse, de réouvertures, seule source possible de réinventions, de nouveaux possibles, de fenêtres ouvertes, pour aérer, continuer à prendre le temps et le plaisir de vivre.

Caroline Labourdette