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Production de l’image, production du sujet

vendredi 10 mars 2006, par Caroline Labourdette.

Le sujet est mis à mal dans son expression, dans la possibilité de son surgissement, dans la possibilité de rencontre de son désir.

Du cercle du travail à celui de l’intime, l’individu est le plus souvent maintenu au rang de l’objet. Objet de calcul et de rentabilité, objet économique, objet d’étude, objet commercial. Une société qui se souci peu du temps, de l’histoire de chacun, de ses rêves, de son épanouissement, de ses capacités, de ses désirs, de ses déchirures, bref de ses vraies richesses...

L’individu s’éteint, se courbe et bien souvent renonce. Dans son travail, qui perd tout sens, toute valeur, dans son quotidien où il cède à la consommation de produits stéréotypés, jusque peut-être dans ce qu’il a de plus intime, sa sexualité.

Dans cette extinction généralisée, surgit parfois la lame fulgurante d’une paire de ciseaux, de l’image, de la production d’image, une lecture de ce réel qui nous borne, une lecture autre ; qui vient couper et rendre possible l’avènement d’un autrement, autrement vu autrement dit, de l’image, du cadrage, de la lecture du réel, qui va pouvoir poser un autre point d’ancrage.

La production de l’image est donc ici entendue au sens de ce travail de l’individu, qui choisit de mettre en acte un moment d’investissement et de rencontre avec son réel, un réel, un moment où il joue quelque chose personnellement, en tant que sujet, dans la responsabilité de cet acte de se dire, de se dire lecteur d’un monde dans lequel il vit, et dont il se propose, à un moment donner, de devenir un des vecteurs.

Une production de l’image donc qui fait surgir du sujet, celui qui commet l’acte de filmer, de couper, de cadrer dans le réel, de faire surgir du sujet, dans la rencontre que l’image, ainsi produite va permettre avec le spectateur, alors questionné dans son propre désir, dans sa propre position de sujet, dans sa propre perception, production de l’image, de ces images. Et nous entrons alors dans le symbolique.

Quand on parle d’image, de cinéma, il faut d’abord laisser à sa place toute cette production massive ou parfois personnelle de représentation codées et stéréotypées : c’est l’effet télévision "machine à laver", celle qui nous tourne l’imagination en rond et nous la lave, celle qui fait de l’audience à force de se faire passer pour une valeur sûre, celle que certains copient, même dans des productions personnelles, parcequ’ils croient y avoir trouvé la clef d’une reconnaissance.

Mais la reconnaissance implique l’idée d’une filiation, une filiation implique l’idée d’un nom, un nom implique un positionnement, un positionnement vient poser la question du sujet.

C’est peut-être donc de filiation dont il est question.

Oui, dans chaque histoire, dans chaque témoignage, d’un vrai positionnement dans la production de l’image, on retrouve de vraies filiations. Chacun peut en parler. Ce sont ces filiations qui donnent du cœur à l’ouvrage, qui donnent le sens, la raison de faire. Elles sont vecteurs d’éthique, d’expériences, de sensibilités, de transmission...

Il n’y a pas un bon cinéma et un mauvais, il n’y a pas une bonne manière de photographier et une mauvaise, et on peut parler aussi de la production de l’image dans l’écriture, dans la chanson, dans la musique, dans la peinture...

Il y seulement une limite qui se franchit, entre la fabrication d’un produit, plus ou moins bien fait, qui cible un objet, se donne des objectifs, plus ou moins atteints, et entre l’autre position, qui est celle d’une entrée en résonance, en dissonance, en jeu avec le symbolique. L’image vient percuter parfois ce qu’il y a de plus dérangeant dans le sujet, dans l’histoire, dans la représentation. Elle vient faire vibrer là où ça ne battait plus, elle vient rappeler à la vie, même, par exemple, quand c’est pour parler de mort. L’image a la force de nous faire ressurgir là où on ne s’y attendait pas, et quand cela arrive, on sait que l’on vient de voir du vrai cinéma, ou de la vraie photographie. L’image à produit quelque chose en nous qui nous a fait ressurgir en tant que sujet.

Ce point de franchissement d’une limite dans la production et donc dans la réception de l’image vient en écho avec les questions de la psychanalyse.

La rencontre est riche d’échanges, de va et viens, de repérages.

Dans un dialogue ouvert et amical entre psychanalystes et créateurs, ce point de franchissement est mis en lumière au travers de différentes œuvres, de différents thèmes...

Du travail d’un photographe dans des chambres mortuaires, d’un réalisateur sur les traces d’un camp d’extermination, des tâtonnements existentiels d’une cinéaste décriée, de parcours personnels...

Psychanalystes et artistes ou producteurs apportent, chacun à sa manière, leur lecture de ce mouvement d’intrusion de l’image, qui, à un moment donné, peut venir faire surgir du symbolique, donc du sujet.

Caroline Labourdette