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Elaboration : Le cinéma comme passeur

lundi 20 février 2006, par Caroline Labourdette.

14 janvier 2006

L’arroseur arrosé

Projet de film qui vient se poser en questionnement, en nécessité de rencontre et de débat. Ma proposition d’organiser une rencontre cinéma/psychanalyse, le désir qui y répond, du côté des psychanalystes comme de celui des réalisateurs et créateurs.

Cette question de la transmission, qui vient véritablement appuyer là où ça ouvre, la pensée, la parole, le regard, l’écoute, l’inventivité...

Le cinéma, que je prenais comme outil, comme moyen de captation, de travail surgit finalement dans toute l’ampleur de sa propre dimension de transmission, de passeur.

L’arroseur arrosé, le cinéma qui vient questionner et se retrouve questionné en retour.

Finalement un juste retour des choses, un équilibre vivant, de cette énergie puissante du désir. Car qu’est-ce d’autre que de faire du cinéma, que de s’inscrire dans son désir, un désir puissant de transmission d’une lecture, d’une écoute et d’une analyse. Des points finalement très proches qui font naturellement se rencontrer, en échos, en miroir, en partenaires, le cinéma et la psychanalyse.

Un contexte de mise à mal

La psychanalyse se sent en danger, menacée de disparition. Face au scientisme agressif et dévorant des techniques cognitivo-comportementalistes, aux calculs de profits des industries pharmaceutiques, et à la dérive sécuritaire de l’état, le psychanalyste se retrouve épinglé sur le tableau noir des agitateurs, et voir pire. Ce doux rêve semble faire peur : celui de l’individu qui, au travers de son expérience de la parole, va élaborer sa propre inscription, sa propre liberté, au cœur de son histoire, dans le lien et dans les ruptures avec l’Histoire, avec la société, la culture...

Dans ce contexte de peurs et de luttes, de conflits et de positionnements, je me retrouve à poser ma question du désir, celui de l’analyste, celui de la création. De quelle histoire s’agit-t-il, de quelle transmission. Comment intégrer l’agitation et les enjeux économiques, sociaux et politiques à mon cheminement personnel, ma propre élaboration. Qu’est-ce que je fais de cette transmission de la psychanalyse, dans ma situation bien précise, mon parcours personnel et intime, intimement lié à l’image et à son utilisation.

Le désir

Comment s’autorise-t-on à devenir psychanalyste ? Lorsque quelqu’un, vient trouver dans ce désir que l’on assume, la possibilité de venir jouer à son tour quelque chose de son propre désir, au travers de l’expérience de la parole. Nous faisons le choix de nous autoriser à ouvrir un lieu, un espace symbolique où l’on garantit la possibilité d’une parole, de l’écoute de la parole, et d’une élaboration. On s’autorise donc à une place, mais on est fait psychanalyste à contre coup, uniquement dans cette fonction que nous attribut (ou non) une personne qui vient nous voir.

Comment devient-on réalisateur ? De la même manière, à posteriori, au travers du retour du spectateur, dans le désir qu’il va projeter dans le film et y trouver une dimension de réalisation, une réalisation de son propre désir.

Bien sur, le réalisateur, le psychanalyste, impliquent eux-mêmes leurs propre désirs pour se risquer à tenir cette place de transfert, de lieu possible du désir, du surgissement du désir, et de la possibilité de son questionnement. Le réalisateur est aussi en prise, en tension avec les désirs des personnes qui travaillent avec lui, des comédiens, mais aussi des personnes qui participent à cette étrange traversée qu’est la rencontre documentaire.

Le psychanalyste, et surtout le jeune psychanalyste, est pris dans la puissance du désir de la communauté analytique, avec ses effets de relance, mais aussi parfois d’inhibition.

Bref, la psychanalyse et la création (ici cinématographique), nous placent directement dans la question du désir, de ses surgissements, de ses replis ou de sa force, en tout cas, de sa transmission, qui, j’en suis sûre même dans le cas des scénarios les plus sombres, trouverons, inventerons toujours de nouveaux chemins, de nouveaux espaces de liberté et d’expressions. Le désir est le propre de l’être humain, ce qui le remue, ce qui le dépasse, il peut-être un moment contenu, mais toujours il vient se faire rappeler. Alors, à moins que dans un à venir incertain, toute l’humanité soit sous le contrôle de psychotropes et de techniques de suggestions, il restera toujours des points d’impacts, des instants de crises, qui laisseront surgir notre propre voix et ouvriront de nouvelles voies à la transmission de ce qui, depuis toujours, fait vibrer notre humanité.

Caroline Labourdette