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Le gonflage 35mm

vendredi 24 mars 2006, par Benoît Labourdette.

Le 35mm

Qu’est-ce que le 35mm ? Cela paraît sans doute évident pour la plupart, mais parfois il reste des zones de flou. Donc, éclaircissons tout : 35 millimètres est la largeur de la pellicule cinématographique standard, stockée en bobines de pellicule de plus de 1000 mètres sur lesquelles se trouvent la majorité des films que nous voyons au cinéma. Ce format de pellicule a été fixé en 1895 (oui, 1895 !) par les frères Lumière, et n’a jamais bougé depuis. Il y a eu, bien sûr, des évolutions technologiques, mais, globalement malgré tout, le principe est toujours resté exactement le même.

La pellicule utilisée au cinéma est la même pellicule que celle des négatifs que nous mettions dans nos "vieux" appareils photos. Comme vous l’avez constaté, cette pellicule est perforée de chaque côté, afin de pouvoir être entraînée par des machines de façon très précise. Sur une pellicule 35mm cinéma, les images sont les unes au dessus des autres, la pellicule défilant de haut en bas, alors que dans un appareil photo, elles sont les unes à côté des autres, la pellicule défilant horizontalement. Une image cinéma est donc plus nettement plus petite qu’une image photo. La hauteur de chaque image est de 4 perforations. Le son est enregistré sur une piste continue qui se trouve sur le côté.

Vous trouverez tous les détails sur les formats d’images et de son du cinéma dans un prochain article.

Le gonflage

Que signifie le fait de "gonfler" quelque chose en 35mm ? Dans gonfler, il y a la notion d’agrandissement. Il s’agit de reporter sur une pellicule 35mm des images qui ont été tournées dans un format d’image plus petit, donc moins cher.

Pourquoi on gonfle ?

On gonfle pour permettre à des films réalisés avec des technologies moins onéreuses que le 35mm d’exister au final sur un support 35mm, afin de pouvoir suivre une exploitation commerciale normale. En effet, les salles de cinéma sont majoritairement equipées de matériel de projection 35mm uniquement. Il y a encore 20 ou 30 ans, elles étaient équipées aussi de projecteurs 16mm, aujourd’hui, elle sont de plus en plus souvent équipées aussi de vidéoprojecteurs. Mais, si vous voulez exploiter commercialement un film dans le réseau habituel des salles de cinéma, vous n’avez pas le choix, votre film doit obligatoirement exister sur le support 35mm, même s’il a été réalisé avec une autre technique.

Le gonflage, limité au cinéma

Gonflage signifiant agrandissement d’une image existante, ce terme n’est, de façon académique, employé que pour désigner l’agrandissement d’images tournées sur supports film (Super 16, 16mm, Super 8...) vers le format 35mm. Par extension, on utilise aussi parfois ce terme pour désigner le report sur support film 35mm de films existant au départ sur support vidéo. Le terme académique désignant le report sur 35mm d’un film tourné en vidéo est kinescopage. La technique de report de vidéo (normale ou haute définition - HD) sur 35mm est complètement différente de la technique de gonflage cinéma.

Vous trouverez tous les détails sur la technique de kinescopage dans un prochain article. Les formats d’image sont un enjeu fort du gonflage, car les proportions hauteur-largeur ne sont pas les mêmes en fonction des formats, il peut y avoir des arbitrages difficiles à faire : est-ce qu’on coupe le haut et le bas de l’image ? Est-ce qu’on coupe les côtés de l’image ?

Gonflage du son ?

Autant par rapport à l’image, on comprend bien que le passage d’un support vers l’autre demande une opération technique précise, autant par rapport au son, on serait en droit d’imaginer que c’est plus simple. Il n’en est rien, le "gonflage" du son est plutôt plus complexe que le gonflage de l’image, pour un court-métrage, est plus coûteux que le gonflage de l’image.

Le Dolby SR

Pourquoi le "gonflage" du son est-il très coûteux ? Le son diffusé en salle de cinéma est, traditionnellement depuis la fin des années 70, au format Dolby stéréo, qui a évolué aujourd’hui en Dolby SR. C’est un format tout à fait particulier, soumis à licences payantes pour chaque film, très complexe à mettre en oeuvre, qui n’a rien à voir avec les formats de son connus.

Concrètement, si vous passez outre la conversion de la bande son de votre film au format Dolby SR, soit vous choisissez de faire un film en mono, ça marchera, mais ce sera très déceptif pour les spectateurs, soit vous décidez de reporter sur la piste son du film votre mixage audio stéréo standard, et là, la bande son de votre film va se comporter de façon absolument erratique : certains dialogues seront inaudibles, certains autres viendront de l’arrière de la salle, les musiques seront complètement modifiées, de façon évolutive en fonction des moments du film, avec une sorte d’écho très étrange... bref la bande son de votre film ne sera pas un peu bizarre, elle sera quasiment totalement inaudible.

On est donc obligés de convertir notre bande son initiale au format Dolby SR, pour que le film puisse passer en salle. On pourrait se dire : ok, je mets ma bande son dans le convertisseur et tout va bien. Il n’en est rien.

Caractéristiques du Dolby Stéréo (SR)

Le Dolby SR est un simple signal stéréophonique, dans lequel sont multiplexés, avec un travail complexe sur les phases, un canal central, deux canaux stéréo, et un canal arrière (ou plutôt côtés). Donc, 4 canaux audio sont mélangées selon un algorythme spécifique à Dolby dans deux pistes stéréo, pour pouvoir, à la diffusion, être éclatés à nouveau en 4 canaux. Et il faut par ailleurs que si on l’écoute sans le décoder, le son soit à peu près normal.

On pourrait légitimement demander : mais dans une salle de cinéma, ne pourrait-on pas désactiver le décodeur Dolby SR ? La réponse est non, pour la simple raison que TOUTES les salles sont équipées d’une enceinte centrale derrière l’écran, deux enceintes à gauche et à droite de l’écran, et d’enceintes arrières sur les côtés de la salle. Il faut donc bien donner du son à tout ce système standard d’enceintes.

Donc, à partir, souvent d’un mixage stéréo preexistant, un ingénieur du son devra faire des choix subjectifs par rapport à ce qu’on "fait" de ce son dans l’espace de la salle. On pourrait se dire : on simplifie, on ne met du son qu’à gauche et à droite. Non, car votre film fera "vide" par rapport à tous les autres films. Bref, votre film doit être entièrement remixé, dans un auditorium qui a payé la licence Dolby, c’est à dire pas chez vous, et qui est équipé du codeur-décodeur Dolby. C’est à dire que vous entendez le son tel qu’il sera décodé, donc réellement entendu par les spectateurs. Ce qui est difficile dans cette technologie, c’est que l’ingénieur du son a beaucoup de limites quant à ses marges de manoeuvre, il ne peut pas mélanger, envoyer le son vers l’enceinte qu’il désire de façon totalement libre, car il n’est pas si simple de faire entrer 4 canaux audio dans 2, le faisceau de contraintes est strict.

L’audio numérique simplifie tout

Evidemment, il existe aujourd’hui, entre autres, le Dolby SRD, numérique, qui simplifie tout, qui est de meilleure qualité. Mais toutes les salles, loin de là, ne sont pas équipées. Donc, même si on choisit de faire un mixage en Dolbly SRD, on est quand même obligé de faire un mixage Dolby SR afin d’être compatible avec les salles non équipées en SRD.

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